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Portrait #3 - Les frères Grandjean, responsables de l'informatique et des télécommunications

Paru le 2018-07-20

Alexia
Assistante communication

#esperanzah! #team #portrait #festivals

L’internet est au sein du festival, un élément à ne pas négliger…

Sans cela, pas de validation d’entrée dans le festival, pas de cashless donc pas de boissons, pas de téléphones fixes pour l’équipe. Autant dire que sans les frères Grandjean et leurs installations informatiques, nous serions dans un sacré pétrin. Nous leur avons posés quelques questions, histoire d’en connaître d’avantage sur leurs fonctions, leur parcours et le travail en famille.

 

Bastien et Thomas en 2008 au festival Esperanzah!

Pouvez-vous vous présenter ?

Bastien et Thomas, pour vous servir, responsables de l’informatique et des télécommunications pour le festival depuis de nombreuses années. Nous sommes donc frères, originaires de Crupet, et nous avons respectivement 39 et 40 ans.

Bastien est ingénieur système, en charge du parc de serveurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles et une partie de la Région Wallonne, et Thomas est développeur « Full Stack » dans une grande institution financière (pas taper). On baigne là-dedans depuis l’enfance car notre paternel est aussi informaticien 😉 Nous possédons tous les deux un large panel de connaissances générales, mais surtout des spécialisations très différentes, ce qui est un atout considérable dans le travail que nous effectuons sur le festival.

Quand avez-vous intégré l’équipe Esperanzah! et pour quelle tâche?

Nous gravitons tous les 2 dans la sphère des créateurs et premiers travailleurs du festival, dont nous connaissons une bonne partie, ou leurs enfants, depuis notre adolescence.

Lors de la 2ème édition, les organisateurs ont demandé à Bastien s’il était possible de leur prêter des ordinateurs, et tout a commencé comme cela. L’année suivante Bastien s’est proposé pour gérer aussi la partie télécommunication à titre bénévole afin de décharger Stany Bouillon de cette responsabilité qu’il maîtrisait peu (euphémisme…). Le staff a accepté la proposition, et dès lors Bastien a endossé la casquette de Responsable Informatique & Télécom. À cette époque reculée où les appareils mobiles, les réseaux sociaux et autres application Web 2.0 n’existaient pas encore, les besoins se limitaient surtout à la téléphonie avec un zeste d’Internet pour relever les courriers électroniques principalement dans le bureau de la Production et au centre de presse.

En 2004, suite à une demande de Radio Esperanzah! pour faciliter l’enregistrement et la diffusion des concerts, Bastien a mis en place le réseau éphémère qui relie tous les endroits stratégiques du site de l’abbaye et qui permet, entre-autres, de fournir une connexion Internet un peu partout. À cette époque la scène « Futuro » se situait dans le bien nommé « Ballodrome », et le réseau principal se concentrait donc essentiellement sur le haut du site. Au fil des années, l’informatique devenant de plus en plus importante et le réseau informatique prenant de l’ampleur, Bastien a appelé son frère à la rescousse, et Thomas s’est joint à l’aventure en 2007 lors de la 6ème édition.

L’année dernière, l’arrivée du cashless nous amenant beaucoup de travail en plus, un 3ème larron s’est joint à nous pour nous aider sur le câblage : il s’agit de Valery qui est électricien « dans le civil » et qui est un ami d’enfance originaire du même village que nous.

En quoi consiste cette tâche?

Notre tâche principale est de déployer un réseau temporaire sur tout le site du festival afin de fournir un accès internet et la téléphonie à tous ceux qui en ont besoin.

D’une manière générale, on se répartit nos tâches comme suit : Thomas est sur le terrain, tire les câbles, place les machines et les configure un minimum ; Bastien quant à lui reste surtout au clavier, configure toutes les machines et s’occupe des campings. Nous sommes évidemment permutables, mais pas pour tout : il ne faut pas demander à Thomas de configurer les tables de routage de manière optimale, ni demander à Bastien de sertir un câble en moins de 30 minutes.

Nos câbles réseaux courent partout, on en place certainement 3km, et rien que sur le site principal on couvre une surface de 16 hectares… des jardins suspendus à la place Soviret, en passant par Radio Bistrot et absolument tous les bâtiments de l’abbaye, en haut comme en bas. À cela il faut ajouter les 2 campings qui sont sur des réseaux séparés. Notre leitmotiv est de fournir un service impeccable pour un coût le plus bas possible. Cela fait des années qu’on récupère ou qu’on achète du matériel d’occasion déclassé mais toujours en parfait état, et qu’on complexifie de plus en plus notre réseau afin de pouvoir servir plus de gens et offrir plus de services, et cela sans faire exploser les coûts. Pratiquement à chaque édition, on essaye d’innover, et on se lance des défis, c’est nécessaire pour garder de la motivation après tant d’années.
On estime aujourd’hui à environ 400 le nombre d’ordinateurs et autres appareils qui sont connectés sur notre réseau durant les 3 semaines du festival et de sa préparation.

C’est un travail essentiel car Esperanzah!, comme beaucoup d’autres festivals, est devenu totalement dépendant de sa connectivité.
Quelques exemples :
• Cela fait plus de 10 ans que la validation des tickets d’entrée se fait en ligne. Plus d’internet sur la place Soviret, et personne ne rentre !

• Depuis l’année dernière,  le festival est « Cashless », et nous avons la responsabilité supplémentaire de devoir connecter tous les bars et les points de rechargement. Plus d’internet au bar, et plus personne ne boit !

• En 2013, l’équipe Déco a mis en place son projet de cabines téléphoniques pour les festivaliers. Toutes les cabines étaient connectées entres elles grâce au réseau. Ceci fut pour nous un très bon test pour mesurer la viabilité de la VoIP sur le terrain. Vu que ce fut un succès, depuis 2014 tous les téléphones fixes du festival fonctionnent en VoIP, et les appels externes entrent et sortent par internet et plus par des lignes téléphoniques classiques (ce qui a allégé considérablement les coûts de la téléphonie). Donc, plus de réseau, plus de lignes fixes !

Une partie du matériel

Fort heureusement, l’arrivée de la 4G et son renforcement durant le festival par les divers opérateurs télécom ces dernières années, permet d’alléger quelque peu la charge qui nous incombe.
À noter également que Thomas est aussi le concepteur du « Fichier Central », une application Web conçue « from scratch » et sur mesure pour le festival, et qui permet de gérer tous les travailleurs bénévoles ainsi que les sociétés rémunérées, l’hébergement, les repas, une petite partie de la logistique, et bien d’autres choses encore.

Qu’est-ce que cela fait de travailler en famille? Est-ce que vous le faites également à l’extérieur du festival?

Non on ne travaille réellement ensemble que sur le projet Esperanzah!. On s’entend très bien sinon on ne pourrait pas faire le festival ensemble depuis plus de 10 ans. Quand nous étions enfants, on passait notre temps à se chamailler, et à se battre…mais cela fait longtemps que c’est fini. Plus on vieilli, et plus on apprécie nos grandes différences et notre complémentarité. Nous avons tous les 2 un caractère bien trempé, ce qui mène quelques fois à des situations explosives, et inévitablement chaque année à cause du stress, on s’engueule vraiment très fort. Mais ce qui est différent quand on est frères, c’est qu’après une heure ou deux, c’est fini et on boit une chope en se marrant. On ne peut s’engueuler comme ça qu’avec son frère ou son meilleur ami. Pouvoir être « cash » en toutes circonstances, c’est une grande force car il n’y a jamais de quiproquo, de non-dits, de situations refoulées, de frustrations. Tout est toujours clair et limpide, et on avance.

Vous travaillez surtout durant le montage? Avez-vous des tâches durant le festival?

Notre credo a toujours été et restera toujours le suivant : on est bénévoles, et on vient à Esperanzah! pour s’amuser.
Nous sommes de grands fêtards et tout le monde le sait.

Chaque année pour nous c’est le même rituel :
En amont du montage, on récolte les besoins et on effectue les diverses commandes (matériel, lignes Belgacom,…).
Pour le montage proprement dit, nous sommes les 2 premiers à arriver sur le site, environ 3 semaines avant le festival, pour tirer les premières lignes et déployer le réseau dans les bâtiments autour du jardin, afin que les équipes de Production soit connectées dès leur arrivée.
Ensuite durant la dernière semaine de montage, c’est toujours le rush, on prend congé la semaine, on travaille sans compter et plus on se rapproche du festival, moins on dort. Les nuits du  mercredi et jeudi de montage, on va rarement se coucher avant 05h00 du matin…. et on se lève 3 heures plus tard !
On  travaille avec 2 objectifs en tête: fournir le meilleur service possible à tout le monde à moindre frais, et avoir l’esprit tranquille durant le festival. Il est une constante chez nous : On passe en « mode festivalier » dès le vendredi soir lorsque nos familles et amis sont arrivés sur le site… et jusqu’à présent cela fonctionne plutôt bien.
Avec notre expérience on peut parfaitement anticiper l’ensemble des problèmes qui peuvent survenir durant le festival. Pour tout ce qu’on met en place, on n’a pas qu’un plan A, mais aussi toujours un plan B, et même un plan C pour les services critiques. On passe un temps considérable durant le montage à assurer la résilience de notre réseau, et à mettre en place un monitoring très pointu. Le résultat est que, où que l’on soit sur le site durant le festival, si une machine tombe en panne, s’il y a une coupure d’électricité, si un câble est sectionné, si une ligne est saturée… on sait immédiatement quoi, quand et où, et on peut donc intervenir rapidement et s’adapter en fonction de la situation.
Donc, même si on se considère en mode festivalier durant le festival, on est évidemment toujours là, prêts à intervenir, même un peu éméchés 😉

Avez-vous une anecdote à nous raconter?

Il y a quelques années, Bastien, sur les genoux après 36h sans dormir pour terminer le montage, veut réceptionner sa clé de chambre (que son frère avait bien réservée pour lui), pour un repos bien mérité. Malheureusement, la chambre avait été attribuée à quelqu’un d’autre et il n’y en avait plus de disponible… Il se souvient des têtes hagardes de Bogdan (qui gérait l’attribution des chambres à l’époque) et Ophélie (qui était à côté de Bogdan) face à cette situation inédite. Bogdan, grand prince, s’est proposé pour laisser sa chambre à Bastien qui, bien qu’un peu gêné par cette généreuse proposition, accepta avec gratitude. Bogdan dormit cette année-là dans un dortoir commun. Ceci démontre, si besoin est, toute l’abnégation dont font preuve les membres de l’organisation ! À noter que cette situation d’overbooking des chambres sur le site, nullement imputable à Bogdan, a été corrigée par Thomas dans le « fichier central », et elle ne peut théoriquement plus se reproduire depuis. 😉

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